En l'ame du poète persiste cet etat de premier contact, d'étonnement passionné qui, dans l'immense majorité des êtres humains, ne sursit pas à l'enfance et à l'adolescence. Et peut-être le charme le pénétrant de la poésie est-il, pour le lecteur qui y est sensible, le rappel de ce prélude bref, délicieux et poignant, de cette douceur où chacun d'entre nous se sentait encore distinct de la vie et l'apercevait comme le voyageur qui debouche devant un paysage inconnu. Cet etat, le poète y revient non pas quand il le veut, mais lorsque le hasard des rencontres antérieures ou interieures le remet en face de l'énigme du monde et qu'il éprouve le désir ou le présentiment d'une comprehension.
Pour déclencher l'émotion mentale propice à la poésie il suffit seulement et simplement qu'on en devine, souhaite ou redoute l'approche, car l'état favorable à la poésie résulte de l'émotion.
Cette émotion qui est à l'origine de toute inspiration poétique, cette émotion heureuse ou anxieuse autour de chaque émoi, éveille l'âme qui écoute, qui entend, qui voit, qui comprend et qui parle.
PATRICK TURPAUD.


